Agenda

Le 5 mai 2026, nous lirons Pascal Quignard avec Le Salon du Wurtemberg (1986, Folio)et/ou Tous les matins du monde (1991, Folio). Entre temps, on pourra rencontrer les auteurs invités à Cita-livres, notamment Jakuta Alikavazovic, Philippe Besson ou Joseph Incardona.

On a lu, on lira

  • Les Éléments de John Boyne, Prix Femina Étranger 2025 (J.C. Lattes, 2025) 
  • Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Périgny, un roman épistolaire paru en 1747 (Folio), disponible en ligne ; on peut aussi écouter des extraits sur France culture 
  • La Confrontation de Clara Dupont-Monod (Albin Michel, 2025) 
  • Les Terrasses de Laurent Gaudé (Actes Sud, 2024) 
  • Aqua de Gaspard Koenig (Éditions de l’Observatoire, 2026) 
  • Judas de Amos Oz (Gallimard/ Folio, 2016)

Leila Guerriero, L’appel (2024)

Avec Leila Guerriero, nous abordons une écriture qui relève de ce qu’on nomme « journalisme narratif ». Le titre original est La Llamada Un retrato, c’est-à-dire L’appel Un portrait. L’Appel téléphonique entre Silvia Labayru, séquestrée et enceinte, et son père, qui la croyait morte, a eu lieu le 14 mars 1977, à l’École de Mécanique de la Marine de Buenos Aires que la dictature argentine a transformée en centre de détention et de torture (Quel si petit endroit pour un si grand enfer !).

En 2014, Silvia Labayru et deux autres survivantes intentent un procès contre les crimes sexuels commis par les militaires à l’ESMA entre 1976 et 1983, procès qu’elles gagnent en 2021. Leila Guerriero découvre alors les grandes lignes de cette Histoire d’une femme argentine dans un article du quotidien national Pagina/12. Elle sollicite Silvia Labayru qui consent à partager son histoire après quarante ans de silence : nous nous employons à reconstruire ce qui était arrivé et ce qui avait dû arriver /…/ je vais le faire et je vais le faire avec toi. Pendant près de deux ans, Guerriero va enquêter, écouter, décortiquer, creuser, analyser des heures d’entretiens, majoritairement auprès de Silvia Labayru, mais aussi avec ses proches, enfants, compagnons, avec ses connaissances d’autrefois ou du moment, avec ceux qui l’ont soutenue, comme avec ceux qui l’ont soupçonnée ou écartée. C’est l’histoire singulière de cette ex-militante montonera que Guerriero trace dans L’Appel, un récit – puzzle : Comment savoir quelle est la bonne version ? Tout est vrai mais qu’est-ce qui est réel ?

Certes, la lecture de ces quelque 500 pages est exigeante, aussi complexe que son mode d’écriture foisonnant. Compte tenu du sous-titre de l’édition française, d’aucuns attendaient un texte qui explore un pan problématique de l’histoire de l’Argentine, un témoignage de crimes trop longtemps passés sous silence, là où l’autrice nous livre Un retrato, le portrait d’une femme qui a survécu au pire. Ce portrait n’est pas celui d’une victime, mais celui d’une femme pleine de détermination, entreprenante, séductrice, avec ses ombres et ses lumières, qui exerce sa volonté de vivre malgré les souffrances endurées, y compris après sa libération.

Café littéraire du 10 mars : Leila Guerriero, L’Appel, Histoire d’une femme argentine