Agenda

Le 2 juin 2026, nous accueillerons Allain Glykos pour son dernier livre L’Enfant en ruines (Editions Signes et Balises, 2026)

On a lu, on lira

• Velibor Čolić, Guerre et pluie (Folio, 2024)
• Antoine Compagnon, 1966 Année mirifique (Gallimard, 2026)
• Simonetta Greggio, Le Souffle de la forêt ; Sur les traces de Simona Kossak (Arthaud, 2026)
• Charles Juliet, L’année de l’éveil (Folio, 2006)
• László Krasznahorkai, (Nobel de littérature 2025), La Mélancolie de la résistance (Gallimard, 2006)

Pascal Quignard

Un aperçu de la vie de Pascal Quignard permet de tisser des liens avec quelques traits de son œuvre romanesque, fort étendue, une somme à la fois érudite et sensible, maintes fois primée. Lire dans le même temps Le salon du Wurtemberg (1986) et Tous les matins du monde (1991) révèle ses thèmes de prédilection : l’amour, l’amitié, la mort, la mémoire, le temps, l’attrait de la solitude et bien sûr, la musique.
Quignard manie la langue (les langues) aussi habilement qu’il manie les instruments de musique. Ces deux romans se font écho. Dans Le salon du Wurtemberg, Quignard se raconte en Karl, alias Charles Chenogne, qui joue de la viole, donne des cours de musique baroque et s’apprête à écrire l’étrange histoire de Sainte-Colombe et de Marin Marais. Le salon du Wurtemberg, c’est plus de 400 pages d’anecdotes savantes, de souvenirs intimes, de personnages suspendus entre présent et passé, de sentiments toujours complexes, souvent douloureux, de drôleries parfois ; c’est 400 pages de langage compassé ou cru, raffiné ou trivial ; avec des énumérations de sucreries ou de musiciens méconnus ; avec des envolées d’adjectifs et des formules à l’emporte-pièce « le bout de l’expérience humaine, c’est manger une tartelette aux pruneaux chez Rumpelmeyer » ; c’est aussi le chat Didon et « ses joues gonflées d’assurance en une passion toute épiscopale, son double menton de moine appartenant à une congrégation juteuse ou de psychanalyste ayant réduit en compote le voisin ».
Quant à la centaine de pages de Tous les matins du monde, qui constituent le scénario du film d’Alain Corneau, leur concision exige une lecture attentive, subtile comme l’exercice de la viole à sept cordes de l’austère Monsieur de Sainte Colombe « Peut-être la véritable musique est-elle liée au silence ? ».
Charles Chenogne se retire dans la propriété familiale de Wurtemberg, interrompt sa pratique professionnelle du violoncelle pour se consacrer à l’écriture de ses mémoires. Sainte-Colombe, après la mort de sa femme, après le suicide de sa fille, ne se rend à la cabane où il jouait ses compositions que pour y trouver le silence. Avec le violiste Sainte-Colombe, il nous faut aller au-delà de cette posture de solitaire. Monsieur de Sainte-Colombe a vraiment existé et partageait moult affinités avec les Solitaires de Port-Royal-des-Champs. Quignard brosse son personnage en janséniste intransigeant qui choisit de s’isoler du monde, de vivre « dans la ruine et le silence » et refuse de « pirouetter devant le roi /…/ je suis si sauvage que je pense que je n’appartiens qu’à moi-même. »
Pascal Quignard l’affirme : « Les livres partagent avec les tout petits enfants et les chats le privilège d’être tenus, des heures durant, sur les genoux des adultes » ; comme une invite à lire son dernier roman, Trésor Caché (Albin Michel, 2025).

Café Littéraire du 5 mai : Pascal Quignard, Le salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde