Agenda
Le 5 novembre sera une séance participative pour défendre ou pourfendre quelques romans de cette rentrée littéraire. Il s’agira de présenter, sans le déflorer, le roman choisi, par exemple : Le Rêve du Jaguar de Miguel Bonnefoy, Le Syndrome de l’Orangerie de Grégoire Bouillier, Houris de Kamel Daoud, Jour de Ressac de Maylis De Kerangal, Jacaranda de Gael Faye, La Petite Bonne de Bérénice Pichat, Cabane d’Abel Quentin, Frapper l’Épopée d’Alice Zeniter…
Ces romans sont disponibles à la Médiathèque de St Pierre qui accueille si fidèlement notre Café Littéraire pour cette 14ème saison.
Le 18 octobre : rencontres en médiathèques avec l’autrice Osvalde Lewat pour son roman Les Aquatiques (Pocket, 2022) dans le cadre du Festival Visions d’Afrique.
Le lundi 25 novembre : conférence UTL sur La littérature allemande après la chute du mur de Berlin. par Hélène Yèche ; à suivre …
Brothers de Yu Hua
Lire cet énorme roman nous ouvre une petite porte sur la littérature chinoise contemporaine. Yu Hua, d’abord dentiste (Yu l’Arracheur de dents), choisit de se consacrer à l’écriture en 1983. Son deuxième roman, Vivre ! (1993) lui vaut notoriété internationale grâce à l’adaptation cinématographique de Zhang Yimou, (Grand Prix du jury au festival de Cannes 1994). Yu Hua publie Brothers en deux tomes, en 2005 et 2006. La plupart de ses romans et nouvelles sont traduits en français
Brothers, c’est l’énorme histoire de deux quasi-frères (le père de l’un a épousé la mère de l’autre), Li Guangtou et Song Gang, qui vont vivre les mutations de leur pays de 1966 à 2001, de La Révolution Culturelle à la Chine débridée de la mondialisation ; c’est un parcours picaresque jusqu’à l’ère de tous les possibles /… / Seul un Occidental qui aurait vécu quatre cents ans aurait pu vivre deux époques aussi dissemblables, affirme l’auteur dans sa postface.
Les commentaires que provoque cette énorme lecture sont loin d’être consensuels. Là où d’aucuns apprécient le pittoresque, l’originalité inventive ou l’humour et se rient des excès de vulgarité ou de violence, d’autres capitulent face aux grossièretés, aux invraisemblances ou à l’hyperréalisme ; là où d’aucuns reconnaissent une farce tragique, un scénario donquichottesque ou une aventure rabelaisienne, d’autres déplorent la bouffonnerie, le trop plein de barbarie ou l’incongruité des comportements comme des situations. Tout est énorme, en effet, dans ce millier de pages, la galerie de personnages, la succession des événements, le rire comme la souffrance des masses. Yu Hua a choisi le gigantisme pour dénoncer les horreurs de la période des gardes rouges autant que celles de la société de frénétique consommation. En croquant deux personnages que tout semble opposer, il nous donne à voir le quotidien d’un bourg de cinquante mille âmes comme un miroir grossissant des bouleversements qu’a affrontés la Chine durant la deuxième partie du XXème siècle.
On s’accorde pour dire que Brothers déborde d’humanité. Si Li Guangtou et Song Gang grandissent ensemble, puis s’éloignent devenus adultes, leur lien fraternel reste indéfectible, même au-delà de la mort. Le roman de Yu Hua n’est pas exempt d’amour, de solidarité, de tendresse et d’émotions sincères, comme en témoigne la lecture à haute voix de passages poignants.
Nous évoquons quelques romans qui s’apparentent à ce courant néoréaliste du début du XXIème siècle, notamment : Gao XinGjian (Prix Nobel de littérature en 2000), La Montagne de l’âme, Points, 2000 (700 p.) ; Mo Yan (Prix Nobel de littérature en 2012), Belles Fesses Beaux Seins, Points, 2004 (830 p.) ; Chi Li, Soleil Levant, Actes Sud, 2005 ; Liao Yiwu, Dans l’empire des ténèbres : Un écrivain dans les geôles chinoises, Les Pérégrines, 2013 (660 p.) ; A Yi, Le Jeu du chat et de la souris, Stock, 2017. Voilà de quoi poursuivre le voyage dans la culture chinoise contemporaine…
