Agenda

Le 10 mars 2026, nous lirons L’Appel, Histoire d’une femme argentine de Leila Guerriero (Rivages, 2025)

Lundi 3 mars 2026, retrouvons L.F. Céline avec la conférence UTL de David Labreure Louis-Ferdinand Céline : écrivain-médecin, de banlieue et d’ailleurs. Et, le vendredi 6 mars, à l’Eldorado, Mort à Crédit, interprété par Stanislas de la Tousche. Pour ceux qui aimeraient découvrir ou redécouvrir le roman de Céline, Mort à Crédit est disponible en ligne, lu par Denis Podalydes.

On a lu, on lira

Protocoles de Constance Debré (Flammarion, 2026) ;

Âme brisée de Akira Mizubayashi (Gallimard, 2021 ; Folio) ;

Même le froid tremble de Nicole Mersey Ortega (Anne Carrière, 2025) ;

La splendide promesse ; mon itinéraire républicain de Danielle Sallenave (Gallimard, 2025) ;

Le chœur des femmes de Thomas Winckler (POL, 2009 ; Folio).

Nathalie Sarraute, Enfance

Nathalie Sarraute (1900-1999) publie Enfance en 1983. Ces pages prennent la forme d’un dialogue entre Nathalie-Natacha Tcherniak, le je qui se souvient de ses onze premières années entre la Russie (Ivanovo, Moscou, Saint-Pétersbourg), Paris ou la Suisse, et le tu inquisiteur : « tu veux évoquer tes souvenirs… il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça ». D’aucuns voient dans ce double la voix intérieure qui introduit le doute dans le projet autobiographique. Pourquoi a-t-elle retenu ceci et non cela ? Comment peut-elle être certaine d’avoir perçu de la jalousie chez Vera, de la colère chez sa mère ou de la complicité auprès de son père ? N’a-t-elle pas la facilité de « placer un petit morceau de préfabriqué… c’est si tentant » ? Le je de la narratrice octogénaire a plaisir à raconter « des petits bouts de quelque chose d’encore vivants… avant qu’ils disparaissent », quand le tu de l’écrivaine s’interroge sur la légitimité de cette entreprise. Le procédé du dialogue apporte ce qu’elle nomme une « sous-conversation » et casse le caractère conventionnel de l’écriture mémorielle.

Si on fait un petit tour du côté de l’œuvre de Nathalie Sarraute et de son appartenance au Nouveau Roman, ce récit à deux voix est dans la lignée de toute sa démarche littéraire, la quête des tropismes : « ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l’origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu’il est possible de définir. »

Enfance, c’est 72 courts chapitres, 72 épisodes comme les fragments d’un puzzle que le précieux travail d’écriture invite à reconstituer loin des « beaux souvenirs /…/ trop conformes aux modèles ».

Café littéraire du 10 février : Nathalie Sarraute, Enfance