Agenda

Mardi 27 mai, on lira Purge de Sofi Oksanen (Poche, 2010).

Camille Laurens, Ta promesse (2025)

Quelques éléments sur le parcours de Camille Laurens, membre des jurys Goncourt et Femina, confirment que son œuvre romanesque (une quinzaine de titres) est intriquée à sa vie personnelle. Si bon nombre des histoires qu’elle nous livre portent sur la question du couple, de la relation amoureuse (déclinée en désir, bonheur, sentiment, émotion), elles questionnent dans le même temps son projet littéraire, les liens entre imagination et réalité ou encore le rôle inquisiteur du langage. Camille Laurens dit écrire pour élucider la vérité.
Dans Ta Promesse, Camille Laurens s’empare du sujet de l’emprise pour dire les mécanismes du pervers : séduire, réduire, détruire. On évoque d’autres titres, par exemple celui de Tiffany Tavernier, En vérité Alice (S. Wespieser, 2024). On s’empresse de préciser que le manipulateur n’est pas toujours un homme, en témoigne le roman de Claire Castillon, Ma Grande (Gallimard, 2018).
Dans Ta Promesse, Gilles Fabian est metteur en scène, spécialiste du théâtre de marionnettes, et Claire Lancel une grande écrivaine. Entre eux deux, tout commence comme une romance, avec des bougies sur les nappes blanches /…/ des femmes bronzées /… / un bar en croûte de sel /… / et si on se faisait une promesse. Nul doute, l’histoire se lit, on se laisse prendre par l’originalité de sa construction, d’autant que C. Laurens a choisi le mode de l’enquête, voire du thriller (tentative d’assassinat ou légitime défense ?). Elle construit son roman comme une reconstitution avant le procès et distille des indices sur les deux protagonistes, victime et bourreau : madame Lancel, la police vous a retrouvée assise par terre en sang sur une souche. /… / M. Fabian est toujours dans le coma. Claire est en prison et répond à son avocate qui tente de comprendre les faits. On aura ensuite divers points de vue, les témoignages des proches (les amies de Claire, son éditeur, son agent). La multiplicité des narrateurs ajoute à la complexité de la situation ; quid de la vérité des faits, de la vérité juridique, de la vérité de l’autrice omnisciente ? A un moment, dans le champ de la vie, quelque chose est vrai ou faux, fait ou fable. /…/ Il faut que ce livre finisse comme un roman policier, par la vérité.
À cette structure romanesque non linéaire, parfois touffue, C. Laurens ajoute divers procédés de rupture : des pages en forme de versets, de fréquentes parenthèses de monologue intérieur, de longues listes de phrases nominales, un fragment de roman en train de s’écrire, etc. On apprécie, ou non, la dimension psychanalytique, les jeux de langage lacaniens, sachant que l’autrice prête à Claire Lancel son propre cheminement : je me suis passionnée pour Freud, Lacan, Melanie Klein /…/ il me semble difficile pour un écrivain de dédaigner la psychanalyse. La lecture d’extraits souligne à quel point l’autrice entretient la confusion avec son personnage ; on ne sait jamais vraiment à laquelle des deux C.L. on a affaire. Au fil des pages, Camille Laurens intensifie, voire revendique ce procédé de dédoublement de la personnalité /… / avec Claire je cherche la clarté/… / Claire l’écrivaine, son alter ego, confirme : le roman c’est l’histoire de la vie.
D’aucuns sont plus réservés sur ce roman : un thème du moment dans un contexte plutôt superficiel, un personnage de femme peu crédible en « quinqua trop tarte », un homme « qui sonne creux », un manque de subtilité dans la narration des situations amoureuses, quelques incohérences sur le déroulé d’un interrogatoire et d’un procès…
Pour lire un roman comme pour aimer quelqu’un il faut être dupe, affirme Camille Laurens dans l’épilogue (p. 348) ; une formule à commenter …

Pour couronner la saison
Le magazine Télérama du 4 avril 2025 propose un palmarès du premier quart du XXIème siècle avec
25 auteurs et titres majeurs, parmi lesquels figure Sofi Oksanen, notre choix pour le mois de mai.
Notre dernière séance, en juin 2025 (date à confirmer) sera destinée au PALMARES de notre 14ème
saison
. Chacun aura le loisir de présenter son livre préféré, qu’il soit issu de ses lectures personnelles
ou l’un de ceux évoqués lors des séances 2024-2025.

Café littéraire du 15 avril 2025 : Camille Laurens, Ta promesse